Visiter Téhéran : ville underground et de paradoxes | On Part Quand ?

visiter téhéran, ville de tous les paradoxes

 

Téhéran a été à la fois notre première étape en Iran, mais aussi la dernière. Avec un total de près d’une semaine passée dans la capitale iranienne, nous y avons vécu beaucoup de choses fortes. Lors d’un voyage en Iran, Téhéran n’est pas là plus indiquée pour y faire du tourisme car elle est souvent peu appréciée des voyageurs. Toutefois, Téhéran possède, à notre avis, de nombreux points d’intérêts et mérite le détour, pour plus d’un jour.

Visiter Téhéran pendant les fêtes de Muharam et Ashura

Nous ne le savions pas avant d’arriver à Téhéran, mais nous avions choisi pour commencer notre voyage en Iran, les célébrations religieuses de Ashura. C’est donc dans un Téhéran en deuil que nous avons fait nos premiers pas dans la capitale.

Ashura c’est l’une des fêtes religieuses les plus importantes pour les musulmans chiites. En effet, durant deux mois et particulièrement pendant 3 jours aux environ du 20 septembre, le seul État chiite du monde rend hommage à l’un des Imams les plus importants de sa religion : l’Imam Hossein décapité après avoir été séquestré avec une grande partie de sa famille pendant 10 jours. Depuis plus de 1000 ans, la tradition veut donc que les Iraniens se parent de noir et entrent en deuil en commémoration au funeste destin de l’Imam.

Pendant cette période, les fêtes et concerts sont interdits, les hommes et les femmes sont habillés en noirs, de grands drapeaux noirs flottent dans le ciel et, dans les rues, des petits stands noirs aux lumières vertes sont montés pour distribuer du thé, des dates et des plats gratuitement à toute la population. Au plus fort des festivités, des places proposent de servir des plats à grande échelle et les Iraniens font la queue pour recevoir la nourriture sacrée. Des chanteurs religieux viennent interpréter des passages coraniques et les fidèles se réunissent en processions, traversent la ville avec de grands tambours et s’adonnent à des séances de (fausses) flagellations publiques.

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Pendant ces trois jours, tout le pays est en deuil, les commerces et les institutions sont fermés bref, il est impossible de visiter quoi que ce soit, à part prendre part aux célébrations. C’est donc ce que nous avons fait. En arrivant à Téhéran, nous avons déambulé dans la ville et fait l’expérience de ces endroits où l’on distribue de la nourriture gratuitement. Un soir, nous nous sommes retrouvés au milieu d’une des places principales de la ville à déguster un excellent bademjan (caviar d’aubergine) en compagnie d’une dizaine d’Iraniens avec qui nous avons beaucoup discuté.

À côté de ça, nous avions aussi fait la connaissance de Pooya grâce à Nawelle, une Française rencontrée en arrivant à l’aéroport. Pooya nous a beaucoup baladés pour nous faire découvrir l’autre facette de Téhéran : son côté beaucoup plus jeune, moderne et loin des traditions. Avec lui, nous avons découvert un Téhéran où les filles sont très sexy et où les garçons sortent les gros muscles et les tatouages. Ils sont tous habillés en noir pour la coutume, mais on sent bien que l’esprit est plutôt à la fête. Aussi, nous nous sommes retrouvés dans l’appartement d’une Iranienne, au milieu d’une soirée entre amis. Au programme sitar et chants, magnifique.

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Baam Tehran – Le toit de Téhéran

Pooya nous a aussi emmenés voir un endroit loin des célébrations religieuses, dès notre première soirée à Téhéran. C’est sur le toit de Téhéran, Baam Tehran, que ça se passe.

Téhéran est une ville immense et après 40 minutes de métro, il nous restait encore à trouver un taxi pour nous emmener au pied de la promenade qui mène au belvédère sur la ville. Baam Téhéran, c’est un point de vue qui se situe au niveau du téléphérique de la ville. Celui-ci mène aux premières pistes de ski, ouvertes pendant l’hiver. Pour y accéder, une longue promenade piétonne a été aménagée et monte jusqu’au belvédère et à un ensemble de petits restaurants sympathiques où l’on peut manger des glaces et des kebabs. L’endroit est surtout fréquenté par la jeunesse de Téhéran et en ces temps de fêtes religieuses, on remarque tout de suite le contraste entre la population qu’on a vu pendant la journée et celle que l’on croise à la nuit tombée sur le chemin du belvédère.

Alors que la ferveur religieuse pousse tout le monde à s’habiller en noir et les femmes à revêtir leur tchador, ici, sur les hauteurs de la ville, on se rend déjà compte des différences entre les tranches de populations. Les jeunes filles sont très maquillées, et leurs habits stylés laissent apparaître tout ce qui est toléré. La tenue est finalisée par un foulard posé nonchalamment sur une chevelure teinte et détachée, qui ne s’encombre pas de rester cachée. Alors que nous autres, touristes, tentons tant bien que mal de faire tenir ce même foulard sur notre tête, les jeunes Iraniennes, elles, font comme si elles n’avaient pas senti que le leur avait glissé.

Après la balade, nous nous arrêtons dans un petit restaurant branché pour manger notre premier kebab iranien. Rien à voir avec ceux que l’on connait en France. On découvre avec plaisir les premières saveurs gastronomiques : du mouton, des feuilles de basilic pas comme chez nous, de bonnes tomates rôties et du pain rempliront notre ventre jusqu’à demain matin.

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Dalband

Après, notre ami nous fait tous monter dans sa voiture pour rejoindre Dalband un autre quartier tout au nord de Téhéran. Dalband est connu pour l’ambiance qui y règne le soir au milieu des montagnes, des terrasses de restaurants et des petites lumières qui scintillent partout. Malheureusement, avec les fêtes d’Ashura, tous les petits restaurants étaient fermés, nous y sommes donc retournés à la fin de notre séjour. Avec l’hiver approchant, la fraicheur et l’humidité qui règnent à Dalband n’étaient pas hyper agréables, au printemps ou pendant l’été, c’est sans doute mieux. Mais nous avons quand même aimé prendre un thé avec Mylène et Anaïs, deux Françaises que nous avions rencontrées en Couchsurfing deux semaines avant. Elles étaient accompagnées de Nedah, leur amie iranienne. Ensemble, nous avons discuté de notre voyage et de la vie en Iran à travers tout ce qu’elle a de plus trivial. C’était passionnant de découvrir encore beaucoup d’aspects de la vie des Iraniennes à travers ce que Nedah pouvait nous en raconter. On a beaucoup parlé de l’esthétique : la chirurgie, l’épilation les tabous qui en découlent, mais aussi la façon dont les Iraniennes se servent de leurs visages pour exprimer une forme de liberté.

dalband visiter téhéran
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Le bazar de Téhéran

À la fin de notre voyage, nous en avons aussi profité pour aller faire un tour dans le bazar de Téhéran. L’occasion d’essayer de trouver quelques souvenirs, mais aussi de découvrir cet endroit absolument énorme. C’est le plus grand bazar dans lequel nous avons été, et aussi celui dans lequel nous avons vu le plus de monde. Pire que le supermarché un samedi après midi une semaine avant noël, ça fourmille à l’intérieur !

Le bazar est situé dans la partie centrale de la ville, pas loin de quelques auberges de jeunesse. Cette partie de Téhéran est la plus ancienne, mais aussi la plus pauvre de la ville. L’ambiance y est bien différente que dans le nord. On y trouve, comme dans tous les bazars, absolument tout ce que vous voulez : des fringues, de la lingerie, du maquillage, des tapis, des bibelots traditionnels, des bijoux, de la nourriture bref, c’est THE place pour faire ses courses.

En revanche, on ne le conseille pas trop aux agoraphobes ou aux impatients, car c’est parfois compliqué de trouver son chemin parmi le dédale de petites ruelles souterraines organisées par corps de métier. Le bazar c’est une ville dans la ville : les noms de rue y sont indiqués et l’on peut marcher des kilomètres sans jamais en sortir. Pour voir le bazar de Téhéran quand il est le plus actif, allez-y dans la semaine (du samedi au mercredi). Vous y verrez le fourmillement continuel des 300 000 travailleurs et 600 000 visiteurs quotidiens ! Enfin, même s’il y a des bazars beaucoup plus beaux, certaines salles (trouvées au hasard) sont impressionnantes et donnent un premier aperçu des richesses architecturales du pays.

bazar de teheran
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Golestan Palace

Et puis entre deux moments de détente et de discussion à l’auberge, nous avons été visiter le Palais du Golestan qui est classé au patrimoine de l’humanité. C’est l’ancienne résidence d’un roi Khadjare et même si l’endroit ne nous a pas transcendés (certainement, car nous l’avons vu à la fin de notre voyage), ça reste un très beau bâtiment, agréable à visiter.

Le palais est composé d’un grand nombre de pièces qui ont été aménagées différemment pour présenter l’art et la culture ancestrale de l’Iran. Nous nous sommes contentés du musée principal qui n’est en fait que l’exposition des meubles anciens de la résidence. Tout autour, l’architecture nous a rappelé ce que nous avions vu à Ispahan, Kashan ou Chiraz et ne nous a donc pas envoutés.

Néanmoins, les décors de la bâtisse sont fins et très détaillés et l’on a passé un bon bout de temps dans le jardin de la résidence.

golestan palace teheran
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Téhéran underground

Du reste, vous l’aurez compris, Téhéran a été surtout, pour nous, un lieu de rencontres et d’échanges avec les Iraniens. Nos premiers jours comme les derniers ont été marqués par les rencontres que nous avons pu y faire.

Pour nous, la capitale de l’Iran est avant tout l’endroit où se cristallisent les paradoxes du pays. C’est ici que l’on fut confronté, dès nos premiers jours, aux différences entre ce que les Iraniens pensent et font et ce qu’ils devraient faire ou penser. C’est ici aussi que nous avons eu nos premières discussions politiques à propos de leur pays. Nous posions les questions et ils nous répondaient, déterminés de nous prouver qu’ils ne sont pas ce que l’on peut penser qu’ils sont.

Pooya nous a introduit à ce Téhéran riche et moderne en plein milieu des fêtes religieuses tandis que Omid, à la fin de notre séjour, nous a parlé du Téhéran alternatif et engagé qui rêve d’une autre vie. Au-delà de ces conversations et de ces rencontres, c’est aussi notre expérience de la ville qui a permis de façonner et de consolider l’image que nous avions du pays.

On y a vu une population militante et bien plus occidentalisée que ce qu’on peut en dire, qui côtoient une population plus conservatrice et traditionnelle. D’un côté les jeunes à la pointe de la mode, des jeunes engagés qui refusent les codes, des jeunes filles qui défient le pouvoir en ôtant leur voile ou en dansant en public, des jeunes gens qui se réunissent pour chanter et danser, s’amuser entre amis pendant que, de l’autre côté les traditions ancrées perdurent sans se renouveler. Téhéran n’est pas très agréable : elle est polluée, immense, et le trafic est impossible, pourtant, je garde un bon souvenir de cette capitale pas comme les autres, un peu underground. Parce qu’il me semble que derrière ces airs difficiles à cerner, Téhéran incarne justement toute la richesse humaine de l’Iran : une population jeune, éduquée et très cultivée qui n’aspire qu’à la liberté.

 

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