Mal du pays, fatigue de voyage : mon expérience | On Part Quand ?

Mal du pays, fatigue de voyage : mon expérience

On ne parle que peu souvent des aspects difficiles d’un voyage et notamment du mal du pays. Avant de partir, j’avais déjà évoqué ma sensibilité à fleur de peau. Aujourd’hui, 10 mois après notre départ, il me semble important de revenir sur une partie des raisons qui m’ont poussée à rentrer en France quelques semaines avant la date prévue. Rassurez-vous, le voyage n’est pas fini (si vous suivez notre page Facebook, vous devriez le savoir) ! Cet article est très personnel, je n’ambitionne pas de donner des conseils pour savoir comment gérer votre mal du pays ou votre fatigue de voyage. Néanmoins, en relatant mon expérience, j’espère éclairer certains sur une autre réalité du voyage au long cours mais aussi, pourquoi pas, en rassurer d’autres : la fatigue en voyage, c’est normal.

Bonne lecture.

En voyage aussi on se fatigue

Beaucoup pensent que partir en voyage c’est un peu comme partir en vacances sauf que nous avons plus de chance car nous partons plus longtemps. Nous avons vite compris que non, un voyage au long cours, ce n’est pas (que) des vacances.

Au début de notre voyage, alors que nous étions encore tout frais et plein d’énergie, nous rencontrions beaucoup de voyageurs sur la route depuis plusieurs mois. Tous parlaient de cette fatigue qui s’installe progressivement, de ce besoin de se poser dans un même lieu plus longtemps et de récréer une routine. Parfois, certains exprimaient même un ras-le-bol vis à vis de quelques aspects du voyage. Face à ces discours, nous restions un peu étonnés mais aussi curieux de savoir comment nous nous sentirions après plus de 6 mois de voyage ?

route Limousin automne

Les mois ont passés, les expériences aussi et nous avons toujours gardés un point d’honneur à prendre notre temps. Jamais nous ne nous sommes précipités. Loin de se sentir obligés de tout faire et tout voir, nous attendions de sentir le bon moment avant de quitter un endroit. Nous avons toujours été très à l’écoute de nous-mêmes et surtout, toujours sur la même longueur d’onde.

Nous sommes arrivés en Bolivie après 7 mois de voyage dont 3 passés dans les montagnes. C’est aussi à ce moment-là que nous avions pris une grande décision dans notre voyage : rentrer pour les fêtes de fin d’années avant de repartir en Asie. Je commençais à ressentir une légère fatigue physique, très vite complétée par une certaine fatigue morale. Nous envisagions ce retour en France comme une fenêtre pour se ressourcer avant de reprendre la route. La perspective de revoir nos proches et retrouver notre confort a dû jouer un rôle dans mon esprit et voilà que mon moral à fait une chute libre pendant plus d’un mois et demi. La Bolivie nous a réservé de belles surprises et nous y avons fait beaucoup d’activités mais je manquais cruellement de motivation pour partir explorer d’autres contrées.

reflet arbre eau mal du pays

 Gérer ses émotions en voyage : et le mal du pays ?

J’en avais parlé avant de partir : j’avais peur de la façon dont j’aurais à gérer mes émotions en voyage. C’est précisément à partir de ce moment-là, 7 mois après le départ, que mes émotions ont vraiment été mises à l’épreuve. Les 7 premiers mois de ce voyage ont été plus faciles à gérer que je ne l’imaginais. Le voyage est accessible, les problèmes de la vie quotidienne sont loin derrière nous et, au premier plan, la liberté nous ouvre ses bras. L’adaptation à ce nouveau rythme de vie, plus sain et plus proche de nos propres aspirations n’a posé aucun souci émotionnel, au contraire. Mes émotions n’ont jamais été autant apaisées.

Pourtant, à partir de ce 7ème mois de voyage, mon moral en berne a laissé la porte ouverte aux mauvaises ondes. Quand le moral n’est pas là, mes émotions se décuplent et les situations du quotidien me touchent plus que d’habitude. Comme si je faisais une dépression, je pleurais sans savoir pourquoi, je me sentais mal au contact de certaines personnes et je ne savais pas quoi faire pour régler le problème. Un truc avait changé en moi et dans mon esprit.

Était-ce une réaction en chaîne expliquée par l’approche du retour temporaire ? Tant que nous n’avions pas de date de retour, je n’y pensais même pas, et n’avais envie que de découvertes en continuant ce voyage coûte que coûte. Mais dès lors que nous avions acheté nos billets retour, j’ai senti que quelque chose s’était brisé : je devenais beaucoup plus nostalgique de la vie en France et j’avais de plus en plus besoin de retrouver mes références, mes habitudes et mon confort (il faut le dire).

Se rendre à l’évidence

Nous attendions l’Argentine avec impatience, je pensais aussi que mon mal-être se ferait la malle en retournant dans un pays plus occidentalisé. C’était sans compter sur le fait que je tomberais malade. 15 jours de fièvre, antibiotiques, médecin et surtout beaucoup de fatigue. Cela a suffi à m’achever encore un peu plus. J’avais le mal du pays et je n’avais plus envie.

feuilles mortes automne

Le problème c’est que ce voyage je l’ai rêvé pendant des années, que partir comme nous l’avons fait me faisait vibrer et que l’idée de la liberté procurée me grisait. J’aimais (et j’aime toujours) être en voyage !

Je trouvais ça injuste et déstabilisant, mais pour une raison qui m’échappe encore, j’avais besoin de retourner auprès des miens et mon corps me le faisait comprendre. Une partie de moi cependant culpabilisait, ne pouvait s’empêcher de penser que c’était un échec, un abandon. Si je laissais tomber une partie de mon voyage aussi facilement, c’est peut-être car je n’étais pas faite pour voyager autant ? J’avais peut-être vu les choses trop grandes. Je ne savais plus quoi faire.

 Savoir prendre les bonnes décisions, pour soi

On en a discuté avec Arnaud. Même pour lui, mon comportement devenait parfois pesant. Pas facile de vivre un voyage pleinement quand son partenaire n’est pas motivé. Alors il m’a mis sur la voie : pourquoi ne pas rentrer un peu avant, histoire que je me pose vraiment auprès de ma famille et que nous puissions repartir en janvier, en Asie, tout frais et tout pimpants ?

J’ai pris le temps d’y réfléchir. Au début je me refusais à penser que c’était peut-être la solution. Puis finalement, l’idée de passer deux semaines chez ma mère dans le Limousin me paraissait plus plaisante que de continuer à arpenter les routes d’Argentine avec mon sac trop lourd. Ma décision était prise, j’ai trouvé un autre billet d’avion, qui me faisait partir trois semaines plus tôt que prévu. J’allais passer ces trois semaines à Pensol puis je retrouverais Arnaud, pour tout le programme que nous avions prévu auprès de nos familles et amis. J’étais finalement sûre que cette solution était la plus raisonnable pour mon équilibre émotionnel et pour vaincre le mal du pays.

foret couché de soleil

Quand tout chez vous, vous manque et que vous ne cessez de comparer tout avec votre pays d’origine je crois que l’on peut dire que le mal du pays s’est installé. J’ai eu du mal à prendre cette décision, j’avais peur d’être frustrée d’écourter mon voyage et même de briser l’équipe qu’Arnaud et moi formions. J’avais aussi peur du regard des autres : comment l’idée de ce retour anticipé allait être pris ? Que penseraient les gens du fait que je rentre seule ? Qu’allaient-ils penser de moi, pseudo-baroudeuse, qui, au premier obstacle, se réfugie chez maman ?

Au final, il faut savoir s’écouter. Ma sensibilité à fleur de peau me pousse à toujours faire attention à moi et à mes envies. Je les mettais de côté pour continuer coûte que coûte avec Arnaud mais lui s’est bien rendu compte que ce n’était pas la bonne solution. C’est aussi dans ce sens-là que nous sommes une équipe. Etre hypersensible m’oblige à prendre du recul sur les choses et à constamment analyser les situations au regard de mes émotions. Si je ne respecte pas mon corps et mes émotions, celles-ci deviennent ingérables et moi aussi…

fougère d'automne

Aujourd’hui, à quelques jours de repartir sur les routes, je peux vous dire que ce retour n’a été qu’une étape de plus dans notre voyage. Une étape nécessaire, mais finalement complètement intégrée à cette première année de voyage. Nous avions déjà nos billets pour l’Asie, j’avais simplement besoin de plus de temps pour vraiment me poser et me ressourcer en France. J’avais peur que le mois prévu à la base ne me permette pas de me remettre vraiment de mes émotions.

La vie sur les routes, c’est une vie spéciale, mais c’est la vie quand même avec son lot de surprises, de galères et de doutes. Ce n’est pas parce que nous sommes en voyage que nous sommes épargnés par cet aspect du quotidien. La fatigue, quand on voyage depuis des mois, est bien réelle. Le mal du pays, quant à lui, peut apparaître au bout de quelques semaines ou mois de voyage, surtout quand on n’a pas tout a fait le moral face aux difficultés que l’on peut rencontrer. Il est alors important de prendre le temps de se recentrer et de réfléchir à ce qui est le meilleur pour nous. Dans mon cas, rentrer était la meilleure solution. Dans d’autres, une semaine de repos sur une plage ou chez des amis expatriés est suffisante. Au final, ces trois semaines de repos supplémentaires auront eu l’effet escompté : j’ai rejoint Arnaud avec comme seule hâte celle de retourner sur les routes de France (faire la surprise à nos familles et amis) puis du Monde.

Si la question de la fatigue en voyage et du mal du pays vous intéresse, vous pouvez pousser la lecture avec ces quelques articles :

Et vous, voyageurs qui passez par là, avez-vous déjà ressenti cette fatigue de voyage ou le mal du pays ? Comment l’aviez-vous géré ? N’hésitez pas à partager vos expériences !

Vous l’aurez donc compris, nous sommes de nouveau prêts à repartir sur les routes ! On se retrouve très vite pour nos nouveaux carnets de voyage en Asie ! On a déjà hâte de vous en parler !

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