Marcher seule pendant 1 mois et vivre une expérience exceptionnelle

Marie ou la randonnée solitaire : 700km à pied, sa tente et son chapeau.

Partir marcher seul quand on est une fille c’est possible : Marie nous raconte sa randonnée solitaire.

 

Bonjour ! Je m’appelle Marie. J’ai été diplômée au début de l’été et je viens d’avoir 26 ans. J’adore être dehors, le dessin et la photo ainsi que les bizarreries de la nature (les siamois, les moutons à cinq pattes…). Par contre, je ne suis vraiment pas ce qu’on pourrait appeler une fille sportive : les soirs de déprime, j’aime manger un paquet de TUCs entiers que je passe au micro-onde avec du camembert pour qu’il fonde. Pourtant, j’ai parfois des idées farfelues qui me traversent la tête comme « tiens, et si je partais marcher seule pendant un mois ? ».

 

Aujourd’hui sur le blog, nous vous proposons un article un peu différent. Nous avions déjà accueilli Marion qui nous avait parlé du Maroc, aujourd’hui nous vous présentons Marie qui a décidé de partir seule pour une longue marche en France. Retour sur cette expérience extraordinaire.

marcher seule

Un jour, alors que j’actualise mon fil Facebook, je me rend compte que « Mademoiselle Bambelle » annonce son « départ à l’aventure ». Mais quelle aventure? Et bien Marie a tout simplement eu envie de partir de Royan pour rejoindre Limoges, seule et à pied avec comme seuls compagnons son sac et son chapeau ! Rien que ça ! Bref, vous vous en doutez, cette histoire nous a intrigué donc j’ai décidé de l’interviewer et c’est avec plaisir qu’elle a répondu en détail à nos questions.

D’ailleurs elle y a tellement bien répondu que l’article est plutôt long (3 pages) ! Un peu de courage, ça vaut vraiment le coup 😉

 


I – Avant le départ 

Peux-tu nous expliquer quel était ton projet et l’itinéraire exact ?

Le projet, pour moi, c’était de partir seule et d’avoir une activité physique intense, vraiment intense. C’est pour ça que j’ai choisi la marche et le camping. Je voulais m’épuiser, porter mon sac lourd (entre 15 et 17kg), marcher 20/25 km par jour, avoir froid la nuit. En gros, atteindre mes limites physiques et les repousser. Une seule chose était vraiment fixe : la durée. Un mois entre le 1er septembre et le 1er octobre.

J’ai décidé de la période pour plusieurs raisons :

D’abord parce que je viens de terminer mes études et que je n’ai pas encore de travail, ce qui m’a permis de partir l’esprit libre et de ne pas me mettre la pression pour le retour (si je dépassais de quelques jours par exemple).

Ensuite parce qu’il me semble que la meilleure période pour marcher seul, c’est septembre-octobre. C’est la fin de l’été, les grosses chaleurs sont passées mais il fait encore bon et beau. Les foules de vacanciers sont rentrées donc on n’est pas ennuyé toutes les deux minutes (l’aspect solitude était très important pour moi).

Je n’avais pas vraiment défini d’itinéraire exact. Tout ce que je voulais, c’était partir. Par contre, j’avais juste établi des points de passage chez des amis que je voulais voir : Dax, Bayonne, Condom, Agen. La fin du périple était prévue à Limoges.

Quand as-tu décidé de te lancer dans cette grande randonnée solitaire ?

12162800_10153253083213736_801880694_oJ’ai eu une année très difficile moralement et je sentais que partir devenait vital. L’idée me trottait donc dans la tête depuis le mois d’avril environ, mais sous forme de « ah, ça serait tellement bien si je pouvais partir marcher toute seule… », « ils ont de la chance les gens qui font ça… » en me disant que ça ne serait jamais possible, que je n’avais pas le temps, etc.. Sauf que j’ai réalisé que RIEN ne m’empêchait de partir à l’automne, que rien ne me retenait sauf les limites que je me mettais toute seule (« tu ferais mieux de chercher du boulot », « c’est un caprice d’enfant gâtée »…)

J’ai eu en plus la chance de tomber sur un bouquin qui m’a vraiment donné envie de partir : Longue marche, écrit par Bernard Ollivier. L’auteur y raconte sa marche le long de la route de la soie à pied, soit 3000km. C’est un livre que je conseille à tous ceux qui ont envie de se lancer et de partir marcher. Il donne un aperçu réaliste sur ce qu’est réellement de marcher (la peau à vif à cause du sac à dos, la difficulté de boire…) et m’a permis de savoir à quoi m’attendre sur la route.

Quelle a été ton organisation d’avant départ pour cette randonnée ?

On va dire que je n’ai pas fait les choses dans l’ordre. Je suis quelqu’un d’assez bordélique, il faut bien l’avouer et je n’ai eu AUCUNE organisation avant le départ. J’ai fait mes derniers achats (comme par exemple DES CHAUSSURES DE MARCHE hahaha !) la veille du départ, j’ai arrêté mon itinéraire deux jours avant et ai fini de faire mon sac à 4h du matin le jour où je devais partir (j’ai donc dormi 2h la nuit précédant mon premier jour de marche). Donc en gros, la seule chose que j’avais faite, c’est de taper « quoi mettre dans son sac à dos pour une longue randonnée ». Je vous conseille le site Randonner-malin.com. J’y ai trouvé une super liste à cocher grâce à laquelle il ne m’a rien manqué de vital pendant ce mois de voyage ! Si vous êtes du type stressé, ne faites pas comme moi, honnêtement, c’est mon fonctionnement de tout faire à la dernière minute mais je ne le conseille à personne.

Pourquoi as-tu voulu te lancer dans cette aventure et partir seule en randonnée ?

Il y a plein de raisons qui m’ont poussé à réaliser ce voyage dans ces conditions.

La première était que j’avais envie d’avoir du temps, chose qui m’a manqué durant les 8 dernières années où j’ai fait mes études et où je n’ai jamais eu de vraies vacances pour cause de déménagement à organiser, de dossiers d’inscription à remplir ou tout simplement de devoir à rédiger chez soi pour les cours. Avoir du temps donc, pour dessiner, prendre des photos, me vider la tête, penser à mon futur, à ce que je voulais faire maintenant. Avoir du temps pour être seule. J’insiste beaucoup sur l’aspect solitude parce qu’il a été important pour moi. Il m’a permis de passer un mois à mon propre rythme, à être seule à décider de ce que je faisais, à quelle heure et de quelle manière. Et ça, c’était sacrément le pied.

Le deuxième raison qui m’a poussée à partir est mon esprit de contradiction, mon entêtement et ma profonde conviction féministe. Je sais que c’est plus ou moins mal vu ces temps-ci de se dire féministe, mais c’est quelque chose qui occupe mes réflexions quotidiennes.

 

J’ai voulu le faire pour prouver à tout le monde qu’ils avaient tort et pour rendre le terrain plus sûr pour les suivantes.

 

randonnée-solitaire-1Je ne parle pas du féminisme militant, agressif qui semble avoir pour but que les femmes dominent les hommes. Non, moi je parle du féminisme de tous les jours, dans tous les actes de notre vie où nous les filles (j’ai du mal à me considérer comme une « femme », je suis encore jeune, je suis encore une fille 😉 ) nous devons prouver que nous pouvons tout faire, que nous ne sommes pas ces clichés sans cesse balancés vers nous par la publicité, les films, la « sagesse populaire ». Ce féminisme qui n’a qu’un but, que les filles puissent occuper dans le monde la place qu’elles veulent, que ce soit charpentière, danseuse étoile, footballeuse ou voyageuse, et ce sans craindre pour leur sécurité. Ce féminisme de tous les jours qui va, je l’espère, faire évoluer les mentalités et faire surtout que les prochaines ne s’entendront pas dire : « c’est dangereux pour une fille ».

Pourquoi je vous parle de ça dans une interview sur mon voyage ? Parce qu’avant le départ, j’ai entendu de tout : « c’est dangereux, tu es une fille, n’y va pas ! », « tu n’y arriveras pas », « tu sais qu’il faudra porter ton sac ? ». J’avoue que c’est le « tu n’y arriveras jamais » qui m’a surtout motivé dans les moments de découragement. Donc, pour conclure rapidement cette histoire de « féminisme par les actes » et d’entêtement, j’ai voulu le faire pour prouver à tout le monde qu’ils avaient tort et pour rendre le terrain plus sûr pour les suivantes.

La seule personne qui m’a soutenue à fond tout du long, sans jamais émettre un doute quelconque et sans jamais me dire qu’il s’inquiétait est mon amoureux. Ça a été le seul à être sincèrement content pour moi que je m’engage dans ce voyage, et ça a aussi été une raison de mon départ  (très secondaire, mais elle a un peu compté quand même) : ne pas le décevoir, et le rendre fier de sa meuf.

Enfin, la dernière raison qui m’a poussée à faire ça, c’est que j’ai toujours aimé le voyage, dans tout ce que ça implique : découvrir de nouveaux endroits, mais aussi des gens différents, des modes de vie différents, des odeurs, des goûts différents. Ça à l’air dur à croire, vu que je suis restée en France, et dans le Sud-Ouest en plus, mais j’ai vraiment vu que de nos jours encore, il y a tellement de manière de vivre différentes dans notre pays ! J’avais envie de rencontrer des gens, de discuter, d’échanger. Je trouve qu’en ce moment, on se méfie de plus en plus les uns des autres et je trouve ça dommage, car la peur ne débouche jamais sur de l’amitié, de l’échange. J’ai en tête cette phrase d’un auteur que j’adore et qui s’appelle Julien Blanc-Gras (il a un nom pourri ok, mais il écrit très très bien, quasiment uniquement sur le voyage. Je vous conseille le bouquin Touriste qu’il a écrit) (la fameuse phrase donc, qui n’est pas forcément exacte au mot près mais l’idée est là) : « je me suis rendu compte d’une chose après toutes ces années à voyager, c’est que 99% des gens sur Terre sont de bonnes personnes ». Donc en gros, je voulais sortir de ma zone de confort, aller à la rencontre des gens même si j’avais la trouille. Et au final, je me suis vraiment rendu compte qu’il n’y avait pas de raison d’avoir peur.

Pourquoi avoir choisi de faire cette randonnée seule ?

marcher seulComme je l’ai dit, l’année écoulée a été rude. J’avais besoin de décompresser à mon rythme. Être seule, c’est génial, tu fais ce que tu veux, quand tu veux, sans pression. Si tu n’as pas envie de manger à midi, tu ne le fais pas, si tu veux marcher seulement 6 km parce que tu as la flemme aujourd’hui, tu le fais et tu vas te baigner dans l’océan. Et c’est tout. Être seule, c’est une liberté fabuleuse de vivre vraiment à son propre rythme. Et surtout (et c’est un luxe à notre époque), être seule permet d’avoir du silence. Tu n’es pas obligé de parler, de faire la conversation le soir… C’est très relaxant. Et les moments où tu as vraiment envie de partager, c’est là que tu dégaines ton téléphone et que tu appelles des gens (amis/famille/amoureux…)

Ensuite, parce que (et beaucoup d’auteurs le disent) la marche c’est très philosophique. C’est un moyen d’être plongé dans tes pensée entre 5 et 7 heures par jour. Ça permet de faire le point sur un sacré paquet de truc et si tu n’es pas seul, tu ne peux pas y arriver. Moi j’avais besoin de penser.

Enfin, (et là c’est mon égo bien trop grand qui parle, mais je suis honnête), je suis aussi partie seule pour que ce soit mon « exploit », et pas « le nôtre ». Je n’avais pas envie que l’on puisse minimiser. Oui j’ai parcouru 700 km à pied. Non, personne n’a porté mon sac. Je ne voulais pas partager ça. C’était mon projet depuis le début et je voulais le mener à bien seule.

As-tu déjà beaucoup voyagé par le passé ?

Je ne sais pas ce que « beaucoup » veut dire, mais j’imagine que selon les critères de tout le monde, j’ai plus bougé que la moyenne des personnes de mon âge (je viens d’avoir 26 ans). J’ai foulé les sols de l’Algérie, de la Chine, du Togo, de la Slovénie, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Grande Bretagne, de l’Allemagne et de la Pologne. Chaque voyage a été différent et m’a montré ce que j’aimais ou n’aimais pas faire lorsque je pars (par exemple, le all inclusive, très peu pour moi, merci) (alors que loger chez l’habitant oui). Pour la plupart, j’ai rédigé de petits récits de voyages qui font marrer mes amis et ma famille à qui je les envoie (je les axe beaucoup sur mes mésaventures liées aux différences de mode de vie). Ceux qui ont eu le plus de succès sont ceux sur la Chine, la Slovénie et le Togo. Plusieurs années après, on m’en parle encore. Ma mère les faisait même lire à ses amis (que ça faisait marrer aussi apparemment). C’est comme ça que je suis devenue célèbre dans un petit village des Landes ;).

II – Pendant le voyage

Le premier jour d’un voyage comme celui-ci, comment on se sent ?

Honnêtement, le matin du départ on se sent tout puissant. Vraiment. Le monde t’appartient, ton rythme de marche est démoniaque, ton corps produit tellement de substances chimiques qu’on pourrait d’arrêter pour dopage. Tu planes tellement tu es heureux et tellement tu en fais baver à ton corps sans t’en rendre compte. Tu ne manges pas le midi (l’effort coupe l’appétit) et tout va bien. C’est le soir que ça se gâte. A partir du moment où tu t’es arrêté, tu as MAL. Aux pieds, aux mollets, aux cuisses, aux hanches, aux épaules… Personnellement, je marchais comme ces petites vieilles qu’on voit pliées en deux dans la rue. Je ne pouvais presque plus bouger les jambes, et j’avais aux orteils les plus grosses ampoules que j’avais jamais vues ! J’étais fière de moi (j’avais parcouru 25km à pied avec mon sac !), mais honnêtement, la seule chose qui m’a poussé à continuer c’est mon égo gigantesque qui ne s’en serait pas relevé si j’avais fait demi-tour après avoir annoncé à tout le monde que je partais (dans ma tête j’entendais la voix du mec qui m’avais dit « tu n’y arriveras pas »). J’étais littéralement épuisée comme je ne l’avais jamais été.

randonnée-solitaire-malEn plus, c’est hyper décourageant : tu as marché toute la journée et tu as l’impression d’être très loin mais en fait, tu n’es qu’à 25 km de chez tes parents et ils seraient là en ¼ d’heure si tu les appelais. Tu te sent un peu comme quand tu campes dans ton jardin. T’as l’impression d’être un aventurier mais en fait, tu n’es qu’à cinq mètres de la porte d’entrée et tu peux aller chercher une couverture supplémentaire si t’en as envie. Cette impression ne s’est estompée qu’au bout de 5 jours, quand je me suis rendu compte que ça y était, j’avais passé la barre des 100 kilomètres !

Mon conseil, c’est de ne pas faire comme moi : partir sans aucune préparation physique. Parce que certes, marcher seul c’est philosophique, mais la première semaine, c’est avant tout bassement physique ! Ton corps te hurle qu’il est là, qu’il existe et qu’il n’en peux plus (et qu’il te déteste). Tu as les hanches écorchées car les sangles du sac à dos frottent dessus pendant 7 heures par jour. Tu as d’énormes ampoules, et quand tu marches des fois tu les sens se crever et ça pique à mort. Tu souffres des genoux/chevilles car ton sac est trop lourd et que les articulations n’étaient pas prêtes pour ça… Je rentre dans les détails, ce n’est pas glamour, mais ça, c’est la réalité des premiers jours de marche.

Il faut savoir que le physique prend le pas sur le mental. Tant que tes pieds ne vont pas bien, tu ne peux pas être heureux, tu doutes, tu te demandes pourquoi tu es parti… En plus, moi j’avais en tête toutes les choses horribles qu’on m’avait dites ou que j’avais lues sur les ampoules, comment ça pouvait s’infecter, comment ça pouvait gangrener, ton orteil devenir noir et tomber, etc. Miam… Donc, les premiers jours, il faut s’accrocher à son slip et serrer les dents comme une guerrière (ou un guerrier pour les garçons). Mais vers le cinquième jour, il se produit un truc magique. Tu te réveilles un matin et tu n’as plus mal nulle part. Tu te sens léger et tu te rends compte que ça y est, ton corps est habitué. Et c’est là que tu commences vraiment à t’éclater, à profiter du paysage, à voir des biches quand tu marches le matin ou des écureuils qui se disputent…

Et au bout d’un mois de marche en solitaire ?

« T’as d’belles jambes Bridget. T’as des jambes de randonneuse. ». (ma phrase préférée du film Bridget Jones).

 

Au bout d’un mois, clairement, t’es vachement plus musclée. Au niveau des jambes surtout, mais aussi du dos, des abdos et des biceps (bah oui, il faut bien le porter le sac !). Tu avales les kilomètres et tu arrives plus tôt à l’étape. Tu fais plus attention à ce qui se passe autour de toi. Mais moi, j’ai commencé à avoir hâte d’arriver environ 10 jours avant ma date d’entrée prévue dans Limoges. Le confort commençait à me manquer, l’envie de me poser se faisait plus forte, j’étais très fatiguée… Car mine de rien, même si tu es à l’aise avec ton sac, que tu ne le trouves pas trop lourd ni rien, deux ou trois semaines de voyage à pied, ça fatigue. Pas quelque chose qui se rattrape en une nuit, mais une bonne grosse fatigue. C’était temps de rentrer. Et c’était bon signe, parce que ça me montrait que j’avais atteint mon but, moi qui ne supportais plus d’être chez moi, j’avais envie de rentrer.

Comment se passaient tes journées toute seule ? Quelle organisation avais-tu ?

Je ne suis pas quelqu’un de très organisé, mais j’ai noté plus ou moins une « grille » de ce qui se passait dans ma journée. Déjà, quand tu dors sous la tente, tu peux difficilement décoller en moins de deux heures le lendemain matin. Si tu dors en intérieur, tu peux être partie une heure après le lever. Donc en gros :

  1. Lever à 6h30/7h.randonnée-solitaire-camping
  2. petit déjeuner pendant que la tente sèche,
  3. pliage de tente,
  4. faire le sac
  5. marcher jusqu’à l’étape du soir (entre 5 et 7 heures de marche par jour),
  6. arrivée en début d’après-midi dans le bled suivant,
  7. recherche d’un endroit où dormir
  8. achats divers (cartes postales, bouffe transportable, pharmacie….)
  9. montage de tente/installation dans un refuge pour pèlerin (j’ai pas mal suivi le chemin de Compostelle) ou chez les gens
  10. lessive, douche, repos, écriture
  11. dîner vers 19h
  12. au lit vers 20h/20h30 (oui comme les mémés, mais les mémés ne marchent pas avec 15 kilos sur le dos).

Tu es partie seule, as-tu fais beaucoup de rencontres sur le chemin ?

Oh oui ! Des tonnes ! Des très bonnes dans leur grande majorité. C’est surtout pour ça que j’étais partie ! J’ai rencontré des gens très généreux qui m’ont ouvert leur porte alors que je n’avais rien demandé, et d’autres qui marchaient comme moi et qu’il a été bon de croiser pour un soir, avec qui ça a été chouette de discuter. J’ai rencontré des allemands, des belges, des néerlandais, des suisses, des français bien sûr, des espagnols… C’est ce qui est génial en voyage, tu croises des routes que tu n’aurais jamais rencontré autrement. Par exemple, l’une de mes rencontres les plus marquantes : Chantal. Une petite mémé qui a couru vers moi habillée d’un pull vert menthe en moumoute, d’un jogging « peau de pêche » saumon et maquillée d’un trait d’eye liner vert pétard avec les cheveux tout ébouriffés.

Et vous savez ce qu’elle faisait dans la vie ?

« Je corrige les jeunes gens. Parce que, de nos jours, à toutes les phrases, y’a un mot pas très joli qui sort, hein ? Alors moi je transmets notre belle langue ».

 

12164579_10153253088188736_292176344_oElle m’a demandé où j’allais et a décidé qu’il fallait que ce soit elle qui m’y amène. Ce jour-là, mon genou me faisait très mal et sa proposition a été bienvenue. Mais je n’avais rien demandé, j’étais assise sur un banc et je mangeais des biscuits. On a beaucoup parlé et c’est sans doute la rencontre la plus marquante que j’ai faite. Elle m’a dit « quand on peut aider, il faut le faire. Vous aviez besoin d’aide, et je pouvais aider ». Et le lendemain, vous savez quoi ? Mon genou allait mieux, ce qui n’aurait sans doute pas été le cas si j’avais dû marcher toute l’étape. Bref, en voyage on fait des rencontres merveilleuses et inattendues.

Généralement, c’étaient les gens qui venaient me parler d’eux-mêmes, attirés par le gros sac et le bâton de marche (une branche de pin trouvée dans la forêt des Landes). Souvent ils étaient impressionnés, ils m’encourageaient, me donnait des tuyaux pour le prochain bled (où trouver à manger, où dormir…). Mais beaucoup de remarques revenaient en boucle et notamment le fameux :

« c’est pas dangereux pour une jolie jeune fille comme vous ? ».

 

Ce à quoi je répondais systématiquement :

« Non ça ne l’est pas pourquoi ? Si j’étais moche ce serait moins dangereux ?».

 

Ça faisait rire les gens.

Saurais-tu nous dire quel a été ton meilleur moment ?

Oh la la ! Je ne saurais pas choisir, mais je peux vous en citer quelques uns :

Le premier soir, quand je suis arrivée exténuée au camping et qu’il était juste à côté de la plage. J’ai planté ma tente et je suis allée me jeter dans l’océan. J’avais marché toute la journée par plus de 30°C et la fraîcheur et les vagues qui me massaient, c’était un moment parfait.

L’arrivée à Limoges est en très bonne place aussi. Ce sentiment d’avoir réussi, d’avoir fini et d’avoir fait ce qu’il fallait, ça vaut toutes les ampoules du monde ! Et puis j’étais fière de moi avec ça !
Chez Gilles et Estelle. C’est un couple qui tient une épicerie bio dans un village que j’ai traversé. Je venais d’avoir un coup dur (un plan pour dormir s’était révélé être une chambre d’hôtes à 125€ la nuit) et j’étais rentrée chez eux par hasard. Et là, Estelle m’a accueilli comme si j’étais une amie. Elle m’a fait poser mon sac, m’a offert une tisane, des fruits, et m’a proposé en toute simplicité de dormir chez eux. Là encore, je n’avais rien demandé. Ça a été une super soirée : la discussion ne s’est pas arrêté du repas, on avait plein de trucs à se dire… Le lendemain, on a eu du mal à se dire au revoir !

Y a t-il eu des moments plus difficiles ?

Oui, quelques-uns. Le dimanche de manière général était un jour où je n’aimais pas du tout marcher. D’abord tout est fermé et puis, je ne sais pas. Le dimanche ça n’allait pas, point. 😉
Il y a aussi les moments où tu marches, où tu arrives à l’étape que tu as prévu et où tu te rends compte que tu t’es trompé de bled et que dans celui-là, il n’y a rien. Et que tu dois faire encore 10 kilomètres. Là psychologiquement, c’est dur et physiquement aussi.

Randonner seule, comme voyager seule peut paraître plus difficile, comment as-tu géré la solitude ?

marcher seuleOui aussi. Tu vis plein de trucs, et tu as envie de les partager. Mais certains jours, tu ne vois personne, et personne à l’étape non plus. Du coup tu ne peux pas raconter autant que tu voudrais. Ou encore quand tu as un coup de mou (et ça arrive ! Moi généralement c’était le soir vers 17h30) tu n’as personne pour te rebooster. Mais la solitude se gère bien avec un portable et les réseaux sociaux. Rester informée de ce qui se passait dans mon groupe d’amis m’a permis de ne pas me sentir isolée. De la même manière, poster tous les jours sur Facebook ou Instagram (@mademoiselle_bambelle) me permettais de ne pas être frustrée de ne partager tous ces moments avec personne.
Et puis surtout, voyager seule c’est une super manière de rencontrer des gens : tu es obligé de t’ouvrir et les ils viennent vers toi naturellement. Les premiers jours, j’étais un peu repliée sur moi-même, sur mes douleurs physiques. Quand elles ont disparu, j’ai vraiment eu l’impression de m’ouvrir, d’avoir un mur qui disparaissait entre le monde et moi. Et c’est là que tu souris, que tu engages la conversation… la nature a horreur du vide, et si vous partez seul, vous ne le resterez pas longtemps !

III –  Et 700 km plus tard : l’Arrivée 

J’ai un peu honte de dire ça, mais j’ai fait deux choses en tout premier quand je suis arrivée à Limoges. D’abord m’acheter une robe, parce que je n’en pouvais PLUS d’être habillée en randonneuse et encore aujourd’hui, voir ma polaire et mon pantalon de marche me provoque une bouffée d’énervement ;). J’avais besoin de me rappeler que j’étais une fille. Et ensuite, je suis allé voir ceux qui m’avais dit que je n’y arriverais pas et j’ai carrément crâner. Je sais , c’est pas glorieux mais je planais ! Cette sensation quand enfin vous arrivez, c’est indescriptible.

 

Que tires-tu de cette aventure, seule pendant un mois, à pied ?

randonnée-solo-enteteJe dirais que cette aventure m’a rendue plus calme, plus sûre de moi, un peu plus adulte peut être (et c’était clairement pas gagné :D). C’est sûr qu’être seule responsable de sa sécurité, de sa subsistance, de l’endroit où on va dormir, ça te fait gagner de la confiance en toi. Un peu en mode « si j’ai été capable de faire ça, la vie quotidienne c’est de la pisse de chat à côté ! ». Et puis surtout, quand un truc va mal, comme tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même, tu n’as aucune raison de râler. Je m’énerve moins j’ai l’impression.
J’ai également un rapport nouveau avec les distances, avec la vitesse. J’ai réalisé au cours de mon trajet que si je l’avais fait en voiture, en un jour c’était fait. Les 700 km. Et moi il m’a fallu un mois à pied, en bombant comme une malade. Et maintenant, quand on me dit que ce n’est « pas loin, à peine 3 km !», je sais qu’il faut multiplier la distance environ par deux car les gens qui utilisent leur voiture tous les jours ont une vision faussée des distances. Et que 6 km, ça représente 2 heures de marche. Donc « pas loin », c’est très relatif. J’ai appris à relativiser.

Je suis moins timide et j’ai plus tendance à faire confiance aux gens.

Quant à savoir si je conseillerais à d’autres de se lancer dans l’aventure, je dirais carrément un grand OUI, mais après s’être posé plusieurs questions : serais-je capable de supporter la solitude ? C’est la question la plus importante, car c’est une sacré compagne ! Il faut être sûr de soi. Moi je suis partie seule parce que j’étais sûre que c’était ça que je voulais, mais même comme ça, c’était parfois un peu pesant et j’étais heureuse de trouver quelqu’un à qui parler.

Quel(s) conseil(s) pourrais-tu donner à celui ou celle qui souhaite se lancer dans une randonnée en solo ?

Le meilleur conseil que je puisse donner, c’est de faire confiance au PMU pourri. Faites confiance au « Café Le France », au « Café de l’Europe » ou au « Rendez-vous des Amis ». Pourquoi faire confiance ? Parce que c’est là qu’il faut aller en premier quand on arrive dans un bled ! C’est là où sont tous les vieux du coin, c’est là où il y a la patronne qui connait tout le monde et tout ce qui se passe dans la ville, c’est là aussi où tu pourras poser ton sac, t’asseoir, aller aux toilettes, te laver les mains (hyper important), boire, remplir ta bouteille d’eau, discuter… Il suffit de s’installer au bar et ton sac/ton bâton attireront toujours des curieux à qui tu pourras parler ou poser des questions et ils seront trop heureux de te renseigner.

Deuxième meilleur conseil à donner : coté soin des pieds, il faut prendre BEAUCOUP de pansements anti ampoules (mais surtout pas des Compeed. C’est de la merde : ça fond dans les chaussures, ça colle aux chaussettes et après impossible à décoller) et du mercurochrome (pour faire sécher les ampoules après les avoir percées). Mais surtout, SURTOUT, ce qu’il faut emporter à tout prix c’est un masque de nuit et des bouchons antibruits pour les oreilles. Ça, ça te sauve n’importe quelle nuit dans un dortoir où ton voisin pourrait faire de la concurrence à Husqvarna s’il brevetait le moteur qu’il a dans les naseaux, n’importe quelle nuit dans un camping où tu es juste sous le réverbère.

Troisième meilleur conseil : avoir toujours au moins une soupe japonaise de nouilles instantanées, un bout de pain et de fromage. Ça, ça te sauve un soir où tu n’as croisé aucune épicerie sur ta route et ça t’empêche d’avoir à jeûner (et crois-moi, la dernière chose que tu veux après avoir marché 7h, c’est jeûner.).

Quatrième (et dernier) meilleur conseil : ne pas hésiter à demander dans les commerces où vous passez s’ils font des prix pour les pèlerins. Moi j’ai suivi pas mal le tracé du chemin de St Jacques de Compostelle et les commerçant/gestionnaires de camping/restaurateurs… peuvent vous faire des prix sacrément avantageux. Il suffit de demander. Par exemple, dans un camping 4* où la place pour une tente est habituellement à 26€ la nuit (oui c’est scandaleux, mais il n’y avait nulle part ailleurs où dormir, j’y suis allé la mort dans l’âme), on m’a permis de rester pour 5€. Parfois, certains campings offrent carrément un bungalow pour 10€ (au lieu de 60€), etc. Il ne faut pas hésiter à demander, mais aussi il ne faut pas s’énerver quand les gens refusent. C’est une faveur qu’on peut vous accorder, pas qu’on vous doit.

marcher seuleJ’espère que tout ça ne vous a pas ennuyé, et que ça vous a donné envie de partir. Je ne sais pas si j’ai été claire, mais surtout PARTEZ ! Si vous avez la moindre petite fourmi dans les jambes, n’ayez pas peur et foncez. Faites-le, c’est vraiment une expérience merveilleuse.

Pour aller plus loin

Les conseils lectures de Marie …

  • Longue marche (tome 1, 2 et 3 ) par  Bernard Ollivier, éd. Phebus, 2000  => Lire le résumé de la trilogie
  • Touriste par Julien Blanc-Gras, éd. Delcourt, 2011 => Lire la critique de la rentrée littéraire

Et le notre :

 

Nous espérons vraiment que cette (longue) interview vous a plu et que vous avez pris autant de plaisir que nous en la lisant !

Si vous souhaitez suivre les aventures de Marie en France, vous pouvez la suivre sur Facebook ou sur son blog où vous ne pourrez que vous régaler sous sa plume pleine d’humour et d’anecdotes en tout genre. Amoureux du voyage, de la lecture et de culture du monde, vous trouverez ici votre bonheur => les voyages de Marie bambelle

A très vite 🙂

<= Retour au début

 

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Copyright – Marie B.

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