Faire face au retour de voyage au long cours | On Part Quand ?

Retour de voyage : gérer le sentiment de décalage et l'appel du grand large

 

Le retour après un long voyage autour du monde n’est pas si facile

Ca fait bientôt 6 mois que nous sommes rentrés et j’ose enfin pianoter sur mon clavier les mots que je garde en tête depuis notre retour en France. Il m’a fallu presque 6 mois pour assimiler, digérer, comprendre et accepter ce retour. 6 mois pour parler de quelque chose, c’est long. C’est dire si l’expérience a été forte.

C’est moi qui ai voulu rentrer de ce voyage. De nous deux, c’est moi qui sentais le plus ce besoin de retrouver mes proches, de faire de nouveau partie de leur quotidien. J’avais envie de retrouver une stabilité aussi. Je l’avais d’ailleurs abordé dans notre article “sommes nous blasés de voyager”, qui avait fait écho à beaucoup d’autres voyageurs.

Quand j’ai écrit cet article, nous avions besoin de changer notre façon de voyager. Le backpack c’est bien un temps mais la stabilité est nécessaire à la mise en place de nouveaux projets. Si certains peuvent vivre une vie sans rien planifier, pour moi c’est une chose très compliquée. J’ai besoin de savoir où je vais et pourquoi je fais les choses. À la fin de notre voyage, je n’arrivais plus bien à savoir pourquoi nous étions encore le sac sur le dos. J’appréciais notre mode de vie mais j’avais besoin de plus : plus de confort, plus de stabilité, plus de vie sociale, plus de nouveauté. Parce que même en faisant du voyage son mode de vie, on finit par entrer dans une routine. Oui, on fait des découvertes tous les jours mais à force, elles n’ont plus la même saveur qu’au début. Et c’est bien cela que je voulais retrouver : la motivation, la gnac, l’émerveillement, les papillons dans le ventre à l’idée qu’un nouveau projet se profile.

Et puis j’avais besoin de me poser pour réfléchir à notre mode de vie. Besoin de poser les bases, les fondements d’une nouvelle vie dont je ne connaissais pas encore les contours. Au dernier trimestre 2017 j’étais sûre d’une chose : j’avais hâte de me ressourcer en France, hâte de me réinstaller dans une vie que j’avais mis de côté pendant plus d’un an et surtout hâte de monter un nouveau projet professionnel.

Enfin ce jour est arrivé et le 29 novembre 2017 nous étions à Roissy Charles de Gaulle, contents d’être “chez nous” mais déjà un peu déstabilisés par ce retour.

Décembre : les bons moments des premières semaines

On nous avait dit que les premières semaines du retour sont toujours les meilleures. C’est vrai que c’était bien. Surtout en pleine période de fêtes, les gens sont heureux. Heureux de nous revoir, heureux de partager ces jolis moments avec nous. Nous avons fait le tour de nos proches, sans jamais vraiment quitter notre état d’esprit de voyage : tourisme à droite à gauche, changer d’hébergement presque toutes les semaines et raconter les grandes lignes de ce que nous avions vécu les 20 mois derniers mois. Mais très vite, j’ai eu l’impression de ne pas vraiment en profiter. On a fait le tour de la France pour voir nos proches, c’était bien, mais c’était trop. Trop fatiguant. Ce n’était plus ce que je voulais. On venait de passer 20 mois à bouger de place en place, en rentrant en France j’avais surtout envie de me caler et de ne plus bouger.

Et puis, il faut le dire, pendant presque deux ans nous avons vécu complètement libres. Libres d’aller où nous voulions, de faire ce que nous voulions. Libres de toutes contraintes on gérait notre temps comme bon nous semblait sans jamais avoir de comptes à rendre ni personne à qui faire plaisir à part nous-même. Et là, nous nous retrouvions à devoir faire plaisir à tout le monde. Le voyage nous rend peut-être un peu trop égoïste. On a cavalé aux quatre coins du pays parce qu’il le fallait. Parce qu’en rentrant c’est ce qu’il faut faire. Aussi parce que ça nous faisait plaisir mais j’avoue que je me serais bien passé de ces distances géographiques. 3 semaines à peine après notre retour, ma liberté me manquait.

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Janvier : l’impression d’être toujours un peu à l’ouest

Janvier a marqué un grand changement puisque je suis montée m’installer chez mon père en région parisienne tandis qu’Arnaud est resté avec son frère à Lyon en attendant son départ au Népal 3 mois plus tard. Après 5 ans de vie commune dont 20 mois à vivre constamment ensemble, voilà que nous étions séparés. J’ai fait le choix de retourner en région parisienne pour retrouver de vieux copains mais aussi parce que j’avais besoin de trouver un travail vite. Aussitôt dit, aussitôt fait, en 48 heures j’ai trouvé un travail alimentaire à mi-temps. Je commençais une semaine plus tard. Ce travail me permettrait d’avoir un peu d’argent tout en ayant le temps de développer mes activités indépendantes à côté : la rédaction web et notre projet de designeurs de voyages. Mon but étant de tout faire pour ne plus jamais avoir à trouver un travail alimentaire et être libre de travailler d’où je veux.

La distance avec Arnaud n’a pas été trop dure à gérer. C’est un aspect qu’on aborde peu dans le voyage en couple mais être 24/24h avec l’autre ça a aussi ses inconvénients. Prendre le temps de vivre aussi pour soi, sans l’autre, ça fait du bien et ça donne encore plus de bonnes raisons de se retrouver. Alors qu’en Nouvelle Zélande j’avais du mal à trouver cet équilibre émotionnel, ici, à Paris, seule, j’arrivais à refaire la paix avec moi-même. Retrouver confiance en moi et ressentir le manque de l’être aimé.

Puis très vite on se rend compte que le voyage est une chose assez difficile à cerner pour notre entourage et tout aussi difficile à partager pour nous. Il nous faudrait des heures pour expliquer les 10 vies qu’on a vécu en 20 mois de voyage alors on ne ressent pas spécialement le besoin d’en parler. Mais on ne nous pose finalement que très peu de questions. “Quel est le pays que tu as préféré” est la question que tout le monde pose, et pourtant c’est celle à laquelle nous avons le plus de mal à répondre. Alors on formule une réponse toute faite. La même pour tout le monde même si c’est hyper frustrant de réduire 20 mois de voyage comme ça. En même temps on ne leur en veut pas, c’est juste impossible de résumer cette aventure en l’espace de 10 minutes au milieu d’une conversation. Et puis finalement, peut-être que tout le monde s’en fout ?

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Et puis le vrai sentiment que quelque chose doit changer

Je crois que c’est en février que j’ai commencé un peu à déprimer. Les premières semaines du retour avait été mouvementées et ce n’est qu’à partir de la fin du mois de janvier que j’ai vraiment pu me poser et entrer de nouveau dans une routine. Le boulot le matin, les projets l’après-midi. Et de nouveau du temps pour penser. Penser que la vie ici n’est pas aussi stimulante que là bas, penser que finalement je ne vois pas autant mes amis que je l’aurais voulu, penser à toutes les obligations qu’on nous impose dans cette vie plus ou moins rangée.

Ça fait un choc, d’un coup, de se rendre compte qu’on n’appartient plus vraiment à ce monde là. Ne plus se sentir appartenir au système dans lequel tout nos proches sont. J’avais vraiment l’impression d’être sur une autre planète.

Tous ces pays que nous avons traversé, où les gens vivent avec peu, s’en contentent et sont heureux, contrastent tellement avec l’état d’esprit très matérialiste et capitaliste dans lequel nous vivons. L’honnêteté et la bienveillance des Malaisiens, la chaleur humaine des Colombiens, la gentillesse des Indonésiens, me manquait. Alors que chaque matin je me réveillais en pleine forme avec le besoin d’accomplir tout un tas de choses dans une journée ou presque, ici j’avais de nouveau du mal à me lever, à être motivée et productive. Souvent en proie à des humeurs négatives, j’ai réalisé que je n’avais pas vraiment ressenti ça depuis des mois (mal du pays mis à part bien sûr).

Je me suis aussi rendue compte que la vie de nos proches avait continué et que je n’en faisais plus vraiment partie. Quelle grosse claque on se prend quand on réalise soudain qu’avec ou sans nous finalement leur vie est identique. Je me suis alors demandé pourquoi j’avais décidé de rentrer ? Était-ce pour moi ou pour les autres ? J’ai eu le sentiment d’être très égoïste. Quel égoïste j’ai été de penser qu’en rentrant je pourrais retrouver la place confortable que j’avais des années auparavant ! Quel égoïste aussi ai-je été d’imposer à Arnaud un retour dont lui-même se serait bien passé ! Finalement à quoi bon ? Ma vie semblait être ailleurs alors à quoi bon rester ? Pourquoi avoir mis fin à un mode de vie qui nécessitait quelques ajustements certes mais qui nous convenait ? Je m’en voulais d’avoir pris cette décision parce que déjà, 8 semaines après notre retour, je voulais repartir.

Était-ce l’envie de fuir ou l’appel d’une autre vie ? En voyage, je m’adaptais à toutes les situations mais je me voyais bien incapable de trouver ma place dans le pays que je connaissais le mieux. Étrange sentiment que de se sentir étranger dans son propre pays. J’étais de retour de la planète mars. Et alors que tout me paraissait possible quelques semaines avant, j’avais l’impression d’être de nouveau prisonnière d’un système dans lequel rêver coûte trop cher.

J’avais un regard différent sur la vie. Même si j’avais du mal à savoir ce dont j’avais vraiment envie, je savais ce dont je ne voulais pas. J’en parlais à Arnaud qui me trouva bien ennuyeuse : c’était ma décision de rentrer après tout ! Plusieurs fois j’eu envie de me barrer en Espagne. C’est bien l’Espagne, c’est à côté tout en étant un peu dépaysant. J’y aurais perfectionné mon espagnol et vécu de mes rédactions et des projets de voyages de nos clients.

Mais je ne l’ai pas fait. J’avais un peu trop l’impression que tout ça ressemblait à une fuite. Et je n’avais pas envie de fuir, même si je ne me sentais plus en phase avec ce mode de vie sédentaire. Parce qu’au fond, être nomade ce n’est pas fuir ses responsabilités, c’est rejeter un modèle prédominant. C’est montrer qu’il est possible de vivre correctement, de gagner de l’argent, sans se sentir prisonnier d’une vie, d’un patron, d’un crédit, ou que sais-je encore. Finalement, je gardais ça au fond de moi, étouffant mes envies libertaires pour ne voir que le gain immédiat de la vie que je menais désormais : la possibilité de remettre de l’argent de côté et de créer les nouvelles fondations d’une vie différente. Je décidais encore plus fort que cela ne serait que temporaire en échafaudant toujours plus de plans et de projets.

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Ressortir de cette épreuve un peu plus fort

Mes humeurs se sont stabilisées. Mais plus les semaines passaient, plus se renforçait en moi ce sentiment de ne pas être là où je devais être. Heureusement, les projets avançaient et me motivaient. 

C’est au mois d’avril, sur mon chemin pour Montpellier que j’ai pris réellement conscience de là où ma place était. Alors que je passais des couloirs du métro à ceux de la Gare de Lyon, un fort sentiment de joie et d’apaisement m’a envahi lorsque je me suis retrouvée au milieu de tous ces voyageurs (pas ceux du métro, les autres). Avec mon sac au dos, j’étais enfin là où il fallait que je sois : sur la route. J’ai compris alors que j’avais eu besoin de rentrer mais que je n’avais pas le besoin de me réinstaller ici.

Les plans que j’avais depuis plusieurs semaines dans un coin de ma tête ont commencé à prendre plus d’ampleur. Alors que j’envisageais simplement des voyages réguliers et un pied-à-terre en France, mes projets se transformaient plutôt en une vie sur les routes avec des retours au pays plus ou moins réguliers.

Avant son départ au Népal, Arnaud me faisait part de son envie de s’installer aussi à l’étranger. Avec la distance géographique, nous n’avons jamais vraiment pris le temps de discuter de ce retour. Lui ne travaillait pas et j’avais l’impression qu’il restait encore dans les sentiments positifs du voyage tandis que moi je me faisais engloutir dans les pensées négatives du train-train. Pour la première fois depuis longtemps (depuis toujours ?) j’avais un peu le sentiment que nous n’étions plus tout à fait sur la même longueur d’onde. La faute à la distance, la faute à mon travail ? Cette après midi là pourtant, quand il parla à sa mère de partir s’installer en Malaisie, je su qu’au fond, il ressentait certainement les mêmes choses que moi. On repartira, vite.

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Rentrer de voyage pour mieux repartir

Si je suis capable d’écrire tout ça aujourd’hui, si j’ose vous livrer mes pensées de ces derniers mois, c’est parce que je les ai accepté. J’ai accepté le fait de vivre différemment, et j’ai accepté aussi le fait que la majorité à du mal à le comprendre. C’est toujours difficile d’appréhender des choses auxquelles nous ne sommes pas confrontés. Je crois qu’on m’a posé plus de questions sur mon boulot que sur mon voyage. Mais encore une fois, ce n’est pas grave parce que je comprends bien que le boulot est bien plus facile à imaginer que 20 mois de voyage sac au dos, quand on en n’a jamais fait l’expérience.

Je crois en fin de compte que certains sont fait pour une vie sédentaire et que d’autres ont plus besoin de nomadisme. Et je crois que nous en faisons partie. Il existe différentes formes de nomadisme. Le backpack peut ne pas nous convenir sur le long terme mais il y a encore tout un tas de mode de vie que nous pouvons expérimenter. J’aime la France et j’ai besoin de revoir ma famille et mes amis mais j’aime aussi mieux la France quand elle me manque et que j’en suis loin. Partir pour mieux revenir. Et vice versa.

Remettre en question tout un mode de vie demande une période d’ajustement et de compréhension. J’avais besoin de rentrer pour comprendre que ma place n’était finalement plus ici. Et pour autant, ces 6 mois ont été nécessaires pour tracer le croquis de notre nouveau mode de vie. Encore beaucoup de questions sont en suspens mais petit à petit nous nous rapprochons des vraies réponses. Nous ne sommes pas vraiment différents mais nous ne sommes plus tout a fait les mêmes. Le voyage nous a fait découvrir de nouvelles choses, nous a fait partager le quotidien de personnes aux parcours différents et souvent inspirants. Le voyage nous a ouvert l’esprit et nous a permis de prendre du recul par rapport à nos modes de vie. Le voyage est une école fabuleuse d’apprentissage, et une source intarissable de stimulations. La vie de voyage est riche de découvertes, d’émotions et de rencontres. Je crois que je ne pourrais plus jamais m’en passer. Alors au moins une chose est sûre : nous aurons encore beaucoup de choses à vous raconter par ici.

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